Félix Déage, Directeur des études à la Plateforme_

Qu’est-ce qui te passionne le plus dans ton métier ?

Je suis passé par l’école 42 en 2013 parce que j’adorais coder et que je voulais en faire mon métier. Depuis, mon métier a changé, je suis devenu formateur, puis responsable de formation. Mais la passion pour le code est intacte.
Programmer, c’est ce qui intellectuellement se rapproche le plus de l’artisanat : partir d’un problème (souvent flou) dans la tête de quelqu’un et le transformer en quelque chose qui marche, sur une vraie machine. Le retour est immédiat : ça compile ou ça plante ! Peu de métiers aujourd’hui donnent ce niveau de feedback. Et le défi intellectuel d’y arriver, la joie de voir son code utilisé pour de vrai par des utilisateurs, ont été parmi les grands plaisirs de ma vie professionnelle.
Côté enseignement, c’est de voir quelqu’un qui était convaincu de “ne pas être fait pour ça” écrire son premier programme qui tourne. La majorité de nos étudiants arrivent sans aucun prérequis. Les voir basculer, c’est ce qui me fait me lever le matin.

Pourquoi se lancer dans le domaine du développement aujourd’hui ?

Parce que c’est un des rares domaines où ce qu’on sait faire compte plus que d’où on vient. De fait, c’est un des derniers où l’ascenseur social fonctionne encore en France…
Certes, l’arrivée de l’IA bouscule beaucoup de choses… et pas seulement dans le dev d’ailleurs ! Tous les métiers pratiqués sur un ordinateur sont affectés. À la Plateforme, nous faisons le pari que l’IA, comme les vagues technologiques qui l’ont précédée, déplace le travail mais ne le remplace pas. On a toujours besoin de gens qui comprennent ce qu’une machine produit, qui savent juger si c’est bon, qui peuvent corriger. Ces gens-là, il faut les former. Et c’est possible dans notre école 🙂

Les compétences qui font vraiment la différence

Ce qui fera la différence, ça n’est pas connaître la syntaxe de tel ou tel langage : une fois qu’on a maîtrisé UN langage, ça s’apprend en quelques semaines, et une IA la connaîtra toujours mieux que n’importe quel humain. Ce qui fait la différence, c’est : savoir décomposer un problème, savoir lire du code qu’on n’a pas écrit, et savoir débugger, c’est-à-dire formuler une hypothèse, la tester, recommencer. C’est une démarche quasi scientifique, une approche qui mêle réflexion et méta-cognition, qui n’est pas automatisable.
J’ajouterais enfin la communication. Un.e développeur.se passe une grande partie de sa journée à expliquer des choses à d’autres humains. Le cliché du/de la codeur.se solitaire dans sa cave est complètement faux. Le dev se pratique en équipe.

Ce que tu dirais à un étudiant aujourd’hui

Apprends à comprendre, pas seulement à produire. Il est toujours tentant de demander une solution à une IA, copier/coller, et passer à la suite. Sauf que le jour où ça casse (et ça casse toujours), tu seras coincé.e devant du code que tu ne comprends pas.
L’IA est le meilleur outil pour apprendre ET ne pas apprendre, en fonction de ce qu’on lui demandera. Sers-toi de l’IA comme d’un partenaire avec qui débattre, pas comme d’un distributeur de réponses. Demande-lui pourquoi, fais-toi expliquer, conteste la réponse ! C’est la différence entre quelqu’un qui pilote l’outil et quelqu’un dont l’IA fait le travail… et qui a des chances d’être remplacé.e.

Le futur du métier

Le métier se déplace vers le haut. Écrire les lignes une par une est devenu obsolète, l’IA le fait maintenant très bien. Ce qui reste humain : décider quoi construire et pourquoi, concevoir l’architecture d’un système, juger de la qualité, arbitrer entre des compromis.. (rapide ou robuste ? simple ou flexible ? etc.)
Le.la développeur.se de demain ressemble moins à un ouvrier sur une chaîne qu’à un chef de chantier : il ne pose pas chaque brique, mais sans lui la maison ne tient pas debout. Mais il doit savoir reconnaître un mur mal monté ! Et pour ça, l’apprentissage du code reste indispensable, même si l’écriture du code n’est plus la clé du métier comme ça l’était jusque là.

Sans filtre : le métier en vrai

L’IA va remplacer les jobs ?
Elle va remplacer des tâches, ça c’est sûr. Certains profils vont devoir changer de métier intégralement, d’autres s’ajuster à la nouvelle norme. Le.la développeur.se dont le travail consistait à recopier des bouts de code de Stack Overflow, oui, il.elle est en difficulté.
Mais l’IA crée aussi du travail : il faut des gens pour la diriger, vérifier ce qu’elle sort, l’intégrer dans des systèmes réels. Quant à savoir si le solde sera positif ou négatif, personne n’est en mesure de le dire aujourd’hui. Voilà trois ans que l’IA gen est parmi nous, et aucun constat définitif ne s’impose encore. Mais ce qui est sûr, c’est que se former en continu, y compris à l’IA elle-même, n’est plus optionnel.

Les hackers ont-ils toujours un coup d’avance ?

Souvent, oui. Mais pas parce qu’ils sont plus intelligents, parce qu’ils n’ont qu’une chose à faire : trouver une porte ouverte.
Le défenseur; lui; doit les fermer toutes.
Ce qui réduit cet écart : l’automatisation, la supervision proactive, et des équipes red/blue qui s’affrontent régulièrement pour ne pas perdre le sens du réel.

Ton outil préféré ?

​​De très loin, le terminal, la ligne de commandes 🙂 Austère et intimidante, mais extrêmement puissante. C’est l’objet initiatique de tous les devs, l’outil qui fait vraiment comprendre ce que fait sa machine, sans une interface graphique qui cache la moitié des choses. Quand on maîtrise ça, le reste devient beaucoup moins intimidant.

L’erreur la plus fréquente ?

La principale à mon sens, c’est de croire qu’en faisant coder son projet à une IA, puis en relisant le code, on a “un peu compris” ce qu’il se passait : c’est une illusion totale. Si on ne sait pas refaire le projet sans Internet, c’est qu’on ne l’a pas compris, c’est aussi simple que ça.
Le grand physicien Richard Feynman l’avait écrit sur son tableau noir : “What I cannot create I do not understand. »

Une compétence sous-estimée ?

Savoir lire la doc. Ça n’a rien de glamour, mais quelqu’un qui sait trouver une réponse précise dans une doc technique va deux fois plus vite que celui qui tâtonne. C’est une compétence qu’on n’enseigne rarement de manière explicite, et qui séparera les élèves autonomes des autres.

Pourquoi conseillerais-tu nos formations aujourd’hui ?

Trois raisons concrètes. Un : c’est sans prérequis pour les B1. On ne demande pas à nos étudiants d’avoir codé avant, ni d’avoir le bon diplôme (ni même le bac !). S’ils arrivent motivés, on s’occupe du reste. C’est une porte ouverte formidable pour des gens que le système a l’habitude d’écarter.
Deux : on apprend par projets, pas par des cours ou des exercices artificiels. Ce sont des choses qui ressemblent à ce qu’ils.elles feront en vrai en entreprise. On essaie, on se trompe, on corrige, on recommence, comme dans la vie réelle.
Trois, et c’est ce sur quoi nous travaillons en ce moment : on intègre l’IA dans la formation au lieu de faire semblant qu’elle n’existe pas. Nos étudiant.es apprennent à coder et à travailler avec ces outils intelligemment, sans devenir dépendants. Le Bachelor donne les fondations, le Mastère amène vers le niveau où ils peuvent concevoir et prendre des décisions de haut-niveau, de façon autonome. C’est précisément là où le métier a une valeur durable.

Une dernière question…On surestime l’IA… ou on la sous-estime encore ?

Les deux, et c’est toute la difficulté pour évaluer la situation aujourd’hui. On la surestime à court terme : on imagine qu’elle va tout faire toute seule demain, alors qu’aujourd’hui elle hallucine encore avec un aplomb total, et qu’elle a souvent besoin d’un humain pour la rattraper.
Mais on la sous-estime à long terme : notre société n’a pas vraiment intégré à quel point elle va transformer la façon de travailler dans les années qui viennent…
La bonne posture n’est ni la panique ni le déni. Il faut comprendre l’outil assez bien pour savoir où il est puissant et où il est dangereux. C’est exactement ce qu’on essaie d’apprendre à nos étudiants.

Envie d’apprendre à coder autrement, en comprenant réellement ce que l’on construit, pourquoi on le construit, et comment travailler intelligemment avec l’IA ? Que vous soyez débutant, en reconversion ou déjà passionné par le développement, nos formations Bachelor et Mastère Développement à La Plateforme_ sont pensées pour vous rendre autonome, opérationnel et capable d’évoluer dans les nouveaux métiers du numérique.

Encadré par des professionnels de terrain comme Félix Déage, directeur des études et passionné de développement depuis plus de 10 ans, vous apprendrez à concevoir des applications, décomposer des problèmes complexes, débugger, collaborer en équipe et développer une véritable logique de programmation. Ici, on apprend en construisant : projets concrets, expérimentation, itération, travail collaboratif et utilisation intelligente des outils d’IA font partie du quotidien.
Plus qu’apprendre un langage, nos formations vous apprennent à réfléchir comme un développeur. Dans un monde où l’IA transforme déjà les métiers du numérique, savoir comprendre, analyser, corriger et concevoir devient une compétence essentielle et durable.

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